Le soulèvement du 1er mars :
Un premier pas vers l’indépendance

 

 

Aujourd’hui, c’est le 1er mars. Et plus précisément le 1er mars 2019. Si pour la France, on se rappelle de la rafle des Villeurbanais qui s’est déroulée le 1er mars 1943, en Corée ce jour est un jour très spécial également.

Le 1er mars 1919 fut la première manifestation pacifique pour l’indépendance de la Corée sous l’ordre japonais. Et aujourd’hui, en Corée du Sud et du Nord, on commémore donc l’anniversaire des 100 ans de ce que l’on appelle: 삼일 운동 (삼 :3 일 :1 운동 : mouvement ; donc le mouvement du 1er mars)

 

Contexte historique

Avant de plonger en détail dans ce grand mouvement, on va vous rappeler quelques faits importants pour que vous compreniez la situation dans laquelle se trouvait les Coréens à cette époque.

Tout d’abord, à cette époque, la Corée était unifiée (on rappelle que la Corée fut séparée en 1945, après la fin de la Seconde Guerre Mondiale). Le Japon colonisait la Corée depuis 1910, et c’est lors de la Conférence de Paix de Paris (qui a précédé la fin de la Première Guerre Mondiale), que les activistes de la Corée Indépendante ont commencé à se faire entendre.

Trois jours après que cette Conférence ait commencé, L’empereur Kojong, empereur coréen, décède et laisse donc le pays aux mains des Japonais. Beaucoup de spéculations ont été faites à ce sujet, décrivant une mort étrange puisque les circonstances de sa mort n’ont jamais pu être révélées.

Ne voulant pas retrouver leur pays à la merci des Japonais, un collectif de religieux et étudiants résidant en Corée, au Japon, en Russie et en Chine ont commencé à préparer dans le plus grand secret des actions pour l’indépendance de la Corée. Et c’est ainsi que le 8 février 1919, des étudiants coréens ont publié la première Déclaration d’Indépendance pour la faire lire durant la Conférence de Paix de Paris.

Brouillon de la Déclaration d’Indépendance de la Corée

La mort suspecte de leur empereur et cette déclaration furent le point de départ de la résistance Coréenne et du mouvement du 1er mars 1919.

 

Déroulement du 1er mars 1919

Le 1er mars, les leaders du mouvement de l’indépendance se sont rassemblés dans un restaurant pour tenir une cérémonie de Déclaration d’Indépendance. Ils ont volontairement informé la police japonaise et se sont rapidement fait arrêtés.

Mais pendant ce temps, deux millions de Coréens chantaient à l’unisson l’anthem national coréen.

Comment est-ce possible qu’en même temps, qu’en si peu de temps, des milliers et des milliers de personnes, dans les villes comme dans les campagnes, se soient allié à ce mouvement.

Tout était préparé.

Manifestation pacifique du 1er mars 1919

Il faut comprendre que l’indépendance de la Corée reste quelque chose qui hantait les Coréens depuis longtemps. Le japon régnant sur la Corée en engageant des lois répressives et violentes. Par exemple, en 1910, le gouvernement Japonais arrêta la publication du DaeHan Sinmun (Korean Daily News) pour faire place au Keijo Nippo, un journal japonais. Autre exemple, le Japon essaya d’instaurer des noms japonais aux Coréens, ou encore d’enrôler les étudiants coréens dans l’armée japonaise. De 1910 à 1919, le Japon a tout simplement essayé d’effacer l’identité culturelle Coréenne. L’éducation était orientée de sorte que l’histoire du Japon ainsi que la langue soit incorporées dans les programmes.

 Manifestation pacifique du 1er mars 1919, les points levés

Pour en revenir à cette journée du 1er mars, Les 33 leaders avaient donné à des alliées stationnées dans différentes villes et régions, la mission de rassembler le peuple coréen en ce 1er mars et de lire à haute voix la Déclaration d’Indépendance.

Le sentiment de répression anti japonais n’a pas mis longtemps à rassembler les coréens dans cette manifestation. Des journaux underground comme le Joseon DongNip Sinmun (Le journal indépendant) ont été secrètement propager durant cette journée, avec la déclaration écrite, les instructions de résistance et les chants patriotiques. Le but était simple, montrer à la dominance nippone que le peuple coréen ne se laisserait pas faire, et faire entendre leurs voix au niveau international en espérant une aide pour le futur.

C’est ainsi que des milliers de personnes se sont rassemblés au TagPol Park (탑골공원), en lisant haut et fort la Déclaration d’Indépendance, en chantant leur hymne national (Aegukga 애국가, interdit depuis 1910) et en brandissant des drapeaux coréens (Taegeukgi 태극기). Certains bureaux officiels ont même hissé le drapeau coréen à la place du drapeau Japonais, un geste très puissant pour la libération.

Cette protestation pour l’ensemble pacifiste, sans armes de la part des Coréens. Une phrase importante qui reste dans les mémoires de chaque coréen: 대한 독립 만세qui signifie Vive la Corée Indépendante C’est d’ailleurs pour cela que pendant les commémorations, on peut entendre les gens crier MANSE 만세.

 

 La réponse japonaise 

Ce mouvement a duré deux mois, et a été le plus grand soulèvement sous l’emprise japonaise. Six bataillons d’infanterie ont dû arriver en renfort des forces nippones pour contrôler cette révolte.

La réponse japonaise à ces manifestations pacifiques a résulté en un bilan macabre :

  • 7500 personnes tuées
  • 46 000 personnes emprisonnées (dont certaines exécutées sur la place publique comme « exemple »)
  • 16 000 personnes blessées

Cette période fut témoin d’atrocité, notamment avec le massacre d’un village complet, Jeam-Ri

Le village de Jeam-Ri après l’invasion des troupes japonaises

Massacre du village de Jeam-Ri

Le petit village de Jeam-Ri accueillait une église connue pour ses démonstrations anti-gouvernement japonais. Et c’est pour cela que le 15 avril 1919, les forces japonaises ont pillé, puis enfermé les villageois dans cette église avant d’y mettre le feu.

Depuis, l’église a été reconstruite et plus de 3000 japonais sont venus en signe d’excuses se recueillir dans cette église.

Cette affaire a beaucoup fait parler puisque à l’époque, la version officielle des décès avait été décrite comme : décès après une violente résistance. Cependant, des années après, dans les carnets des soldats et colonel qui avaient assisté à ce massacre, il fut reconnu que les hauts placés de l’armée avaient bel et bien couvert le massacre de Jeam-Ri.

 

Le massacre de l’église de Jeam Ri reste un évènement tragique et un des évènements les plus importants de l’épisode Anti-Japon de l’histoire de Corée.

 

Bilan de la manifestation du 1er mars

De cet évènement, les japonais n’ont pas cédé pour l’indépendance. Cependant, le général Hasegawa Yoshimichi, gouverneur général de la Corée fut remplacé par Saito Makoto qui tenta de modérer la politique et l’empreinte japonaise en Corée. Par exemple, l’écriture coréenne (le Hangeul) fut de nouveau établie, et la littérature coréenne redevint également légale.

 

On a recensé environ 2 millions de Coréens ayant rejoint le mouvement, avec 1500 manifestations. 715 maisons ont été détruites, 47 églises ainsi que deux écoles entières ont également été démolies.

 Une foule de coréens criant MANSEH pour l'indépendance de la Corée

Cependant, ce mouvement a permis de renforcer le sentiment national et l’idée d’indépendance possible. C’est pour cela qu’à Shanghai fut créé le Korean Provisional Government ainsi que la Korean Libération Army (toujours en Chine) qui permis une répercussion internationale sur le problème de l’indépendance de la Corée.

 

Le Korean Provisional Government (KPG)

Après les évènements du 1er mars 1919, le 11 avril, à Shanghai fut créé le Provisional Government of the Republic of Korea, initié par des leaders de la Korean National Association (organisation politique contre l’occupation japonaise en Corée). Le premier président du KPG devint le premier président de La Corée du Sud; Syngman Rhee 이승만. Ahn Chang Ho, un autre leader de la Korean National Association, aurait, selon certains ouvrages, composé l’hymne national de la Corée, le Aegugka.


Portrait de certains membres ayant créé le KPG

 

Ce gouvernement provisoire luttait contre la gouvernance japonaise, a organisé plusieurs actions telles que l’assaut d’un parc à Shanghai ou se trouvait ou encore la Bataille de QingShanLi qui opposait l’armée impériale japonaise à l’armée coréenne pendant six jours en 1920.

C’est après ces luttes que le gouvernement provisoire coréen décida de créer la Korean Libération Army, qui joua un rôle dans la Seconde Guerre Mondiale. En effet la KLA décida de rejoindre les Alliés en 1941 pour combattre les forces de l’Axe.

Après la capitulation du Japon en 1945, les leaders du mouvement Coréen retournèrent en Corée, pour finalement dissoudre le KPG en 1948.

 

유관순 Yoo Gwan Soon
Le visage de la résistance

 Portrait de Yoo Gwan Soon

Pendant ce chapitre de l’histoire de Corée, de nombreux visages ont été les porteurs de l’indépendance. On nommerait Yun Bong Gil qui se battait pour une éducation libre et qui a rejoins le mouvement KPG, Kim Koo, à l’origine de nombreux actes contre l’emprise japonaise, qui fut également fervent défenseur d’une Corée unifiée après 1945 et qui forme la Korean Libération Army. Ou encore Han Yong Un ; un poète et moine qui participa à la restauration de la littérature coréenne après les mouvements de 1919. Et ainsi pour les 33 leaders à l’origine de ce mouvement.

Mais un nom en particulier résonne lorsque l’on parle du 1er mars !

Yoo Gwan Soon était une jeune coréenne âgée de 16 ans lorsque les manifestations pour l’indépendance ont surgi. Se sentant concernée par les revendications, elle décida avec ses camarades de classe de participer au mouvement du 1er mars. Elles ont décidé de renouveler l’expérience, cette fois au sein de leur école, le 5 mars, en chantant les chants patriotiques et en répétant la Déclaration d’indépendance. Devant la montée des manifestations, spécialement dans les écoles, le gouvernement japonais ferma temporairement certaines écoles, dont celle de GwanSoon ; et renvoya les élèves chez eux.

GwanSoon habitant à Cheonan, une ville à 1 heure de Séoul, décida de continuer son action dans sa ville.

Le 1er avril, elle et ses parents manifestèrent dans les rues de Cheonan. Mais cette dernière tourna au drame lorsque les forces japonaises commencèrent à ouvrir le feu, tuant ses deux parents devant ses yeux.

Elle fut, après cet événement arrêté. Etant mineure, les japonais décidèrent de lui donner une chance de liberté en lui proposant de livrer des informations au gouvernement japonais. Elle refusa catégoriquement, ce qui lui couta l’emprisonnement immédiat. Lors de son jugement, elle accusa directement le Japon d’être criminel et fut condamnée à 5 ans de prison.

 

Elle fut emprisonnée dans la prison de Seodaemun, prison qui rassemblaient les « criminels de l’indépendance » ou criminels de la résistance.

Le 1er mars 2020, elle organisa une manifestation au sein de la prison, en brandissant des drapeaux de la Corée confectionné à la main, et en répétant Longue Vie à l’indépendance Coréenne.

Elle fut directement placée en isolement et torturée. Le 28 septembre 2020, GwanSoon décèdera de ses séquelles de tortures.

Après sa mort, les prisons japonaises ont refusé de rendre le corps aux autorités, pour couvrir les évidences de torture.

 
Yoo Gwan Soon protestant à travers les barreaux de sa cellule de prison

Gwan Soon reste un symbole fort de la résistance, et est souvent dénommé « la Jeanne d’Arc coréenne ».

 Pour les 100 ans de commémorations, un film est d'ailleurs sorti en mémoire à ce chapitre de l'histoire de Corée ainsi qu'un hommage à Yoo Gwan Soon dénommé 항거:유관순 이야기 / A resistance




https://www.youtube.com/watch?v=wYXFRS8dlzk&feature=youtu.be

 

De nos jours

En 1946, donc un an après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le 1er mars fut décrété Jour de commémoration Nationale. Et ce n’est qu’en 1949, après la guerre de Corée, le 1er mars fut désigné jour férié.

 
Reconstitution d'une manifestation étudiante

Les Coréens se rassemblent souvent en famille dans la rue, pour faire part aux démonstrations traditionnelles, et faire revivre ce fameux jour de l'indépendance est devenue possible dans le cœur des coréens. Certains lieux restent cependant importants dans la culture coréenne.

 

Seodaemun Prison History Hall

La prison de Seodaemun est un endroit emblématique de la résistance coréenne contre le Japon. Lors des emprisonnements, et notamment celui de Yoo Gwan Soon, les résistants coréens étaient placés dans cette prison. Les coréens se rendent dans ce lieu pour commémorer le courage des résistants. C'est une expérience très difficile puisque l'on peut voir les objets utilisés pour les séances de torture,  les chambres de tortures, les cellules, des photos d’exécutions, etc..

 

L'Independance Hall of Korea

Le hall de l'indépendance coréenne est un mémorial situé à Cheonan (ou Yoo Gwan Soon est née et fut arrêté). Ce mémorial est réputé être un de meilleur musée de Corée du Sud. Le musée vous accompagne tout au long de votre visite dans l'histoire de l'indépendance coréenne. 

 

Source :

https://ko.wikipedia.org/wiki/3%C2%B71_%EC%9A%B4%EB%8F%99
https://www.youtube.com/watch?v=GgR1_dBKO3Y
https://www.youtube.com/watch?v=tkj0gizZld8
https://publicholidays.co.kr/march-1st-movement-day/
https://blog.trazy.com/march-1st-movement-korea/
https://www.together100.go.kr/eng/lay2/S79T82C88/contents.do
https://ko.wikipedia.org/wiki/%ED%95%9C%EA%B5%AD_%EA%B4%91%EB%B3%B5%EA%B5%B0
https://ko.wikipedia.org/wiki/%EB%8C%80%ED%95%9C%EB%AF%BC%EA%B5%AD_%EC%9E%84%EC%8B%9C_%EC%A0%95%EB%B6%80
https://namu.wiki/w/%EB%8C%80%ED%95%9C%EB%AF%BC%EA%B5%AD%20%EC%9E%84%EC%8B%9C%EC%A0%95%EB%B6%80
https://baike.baidu.com/item/%E5%A4%A7%E9%9F%A9%E6%B0%91%E5%9B%BD%E4%B8%B4%E6%97%B6%E6%94%BF%E5%BA%9C/7176338?fr=aladdin
https://baike.baidu.com/item/%E4%B8%89%E4%B8%80%E8%BF%90%E5%8A%A8
https://baijiahao.baidu.com/s?id=1573503040807670&wfr=spider&for=pc

Sources Photos :

https://m.blog.naver.com/PostView.nhn?blogId=with_gaya&logNo=220942916414&categoryNo=13&proxyReferer=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F
https://en.yna.co.kr/view/AEN20190131010800315
http://www.jstudentboard.com/reporter/society-and-politics/march-first-movement/
https://artsandculture.google.com/asset/jeam-ri-massacre/agEYL23PS76dlQ
https://artsandculture.google.com/asset/jeam-ri-massacre/agEYL23PS76dlQ
https://myhero.com/Yu_GwanSun_chs_US_2009_ul
https://19491053.weebly.com/yu-gwan-suns-character.html
https://nakhshatro.com/2018/07/seodaemun-prison-the-horrific-evidence-left-from-japanese-invasion-in-korea/thao/
http://global.i815.or.kr/en
https://ko.wikipedia.org/wiki/3%C2%B71_%EC%9A%B4%EB%8F%99
https://baijiahao.baidu.com/s?id=1573503040807670&wfr=spider&for=pc

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